Stylos publicitaires : les chiffres clés de leur efficacité
56,1 % des stylos publicitaires distribués en France sont utilisés tous les jours. C’est le chiffre qui fait saliver n’importe quel directeur marketing.

Stylos publicitaires: les chiffres clés de leur efficacité
Mais voici l’autre donnée, celle qu’on regarde moins: 48,2 % de ces mêmes stylos sont conservés moins de six mois. Deux réalités coexistent dans un seul objet, et entre les deux, il y a un fossé que la plupart des campagnes ne mesurent jamais. Pas parce qu’elles ne veulent pas. Parce qu’elles ne savent pas comment s’y prendre.
Un stylo personnalisé peut donc être très utilisé sans produire une seule demande de devis identifiable. Il peut aussi rester dans un tiroir pendant des mois tout en étant considéré comme une opération réussie parce que la distribution a été massive. Pour comprendre l’efficacité des objets publicitaires, il faut accepter cette ambiguïté de départ: l’usage, la mémorisation, la perception de la marque et la conversion commerciale sont quatre indicateurs différents.
La réalité de l’usage quotidien: au-delà du simple objet promotionnel
Avant de parler de retour sur investissement, posons les bases mécaniques de ce qu’est un stylo publicitaire une fois dans la main d’un utilisateur.
Le baromètre 2FPCO 2024, réalisé avec TSM Research auprès de 1 073 répondants français, fournit la photographie la plus récente du marché hexagonal. Cinq chiffres méritent d’être distingués, sans leur faire dire davantage qu’ils ne disent:
- 56,1 % des stylos reçus sont utilisés quotidiennement;
- 6,5 % ne sont jamais utilisés — stockés dans un tiroir, oubliés dans un sac ou jetés directement;
- 48,2 % sont conservés moins de six mois;
- 71,3 % des personnes interrogées déclarent se souvenir parfaitement de la marque apposée sur l’objet média reçu;
- 9,6 % n’ont aucun souvenir de l’annonceur.
Le quatrième chiffre ne concerne pas exclusivement les stylos. Il porte sur les objets médias en général. C’est une nuance essentielle: on ne peut pas transformer ce taux de 71,3 % en taux de mémorisation propre au stylo publicitaire. Le stylo s’inscrit dans une famille de supports dont les usages, les formats et les contextes de remise sont différents.
Côté américain, l’ASI publie des chiffres plus agressifs: en 2026, 88 % des consommateurs conserveraient un instrument d’écriture publicitaire en raison de son utilité, et 64 % déclarent l’utiliser quotidiennement. Données collectées sur un autre marché, avec d’autres standards de distribution. À ne pas calquer directement sur la réalité française sans recalibrer.
Le constat de terrain, quand on observe les retours de campagnes B2B, reste néanmoins très concret: un stylo qui tient physiquement — clip qui ne casse pas, encre qui ne fuit pas, corps qui ne se fissure pas au bout de trois semaines — a davantage de chances de rester dans la circulation. Il passe parfois la barre des six mois, mais cette durée ne peut pas être déduite comme une médiane à partir du seul chiffre de 48,2 %. Ce dernier indique seulement qu’une part importante des objets est conservée moins longtemps.
Pour construire un scénario de calcul, on peut retenir six mois comme hypothèse prudente. Ce n’est pas une durée de rétention mesurée pour chaque stylo, encore moins une médiane établie par l’enquête. C’est un repère de travail, à confronter ensuite aux données de la campagne: retours des équipes commerciales, enquêtes auprès des bénéficiaires, suivi d’un code ou observation du réassort.
En dessous de cette durée hypothétique, le coût par impression réel augmente silencieusement. On distribue pour que l’objet meure dans un bac à stylos d’accueil. C’est de la destruction de budget, pas du marketing.
Un stylo conservé moins de six mois n’est pas nécessairement un échec; un stylo inutilisable après trois semaines, en revanche, ne peut pas soutenir une promesse de visibilité durable.
L’usage quotidien est donc un indicateur brut. Il renseigne sur l’utilité du support, mais pas sur la qualité de l’exposition. Un stylo utilisé par son propriétaire dans un bureau fermé n’a pas la même portée qu’un stylo posé sur une table de réunion, emporté sur un salon professionnel ou repris par plusieurs membres d’une équipe. La fréquence d’utilisation compte, mais le contexte de visibilité compte aussi.
Ce que mesure réellement l’usage
Pour analyser la performance d’un stylo personnalisé, il faut séparer au moins trois niveaux:
1. L’accès à l’objet: le stylo a-t-il été remis à la bonne personne ou distribué sans ciblage?
2. L’utilisation: le bénéficiaire s’en sert-il réellement, et à quelle fréquence?
3. L’exposition de la marque: le marquage reste-t-il visible pendant l’usage?
Un modèle peut être parfaitement fonctionnel mais mal marqué. Un autre peut offrir une excellente surface de personnalisation, mais être trop lourd ou trop peu agréable pour être utilisé au quotidien. À l’inverse, un stylo simple, bien équilibré et doté d’une encre régulière peut devenir le modèle que l’on cherche spontanément dans un tiroir.
Le support n’est pas un espace publicitaire abstrait. Il est manipulé, transporté, posé, prêté et parfois oublié. Chacune de ces situations modifie le nombre d’occasions de contact avec la marque.
Mémorisation et ancrage de marque: ce que disent les études
Sur le volet mémorisation, les chiffres sont intéressants, à condition de respecter le périmètre de l’étude.
Le baromètre 2FPCO 2024 établit trois niveaux de souvenir chez les consommateurs ayant reçu un objet média:
| Niveau de souvenir | Part de répondants |
|---|---|
| Mémorisation parfaite de la marque | 71,3 % |
| Mémorisation partielle | 19,1 % |
| Aucun souvenir | 9,6 % |
Soit 90,4 % des personnes interrogées qui associent au moins partiellement l’objet à son annonceur. Ce résultat donne une indication forte sur l’impact mémorisation des objets promotionnels, mais il ne permet pas d’affirmer que 71,3 % des bénéficiaires d’un stylo publicitaire se souviennent parfaitement de la marque. La différence entre les deux formulations n’est pas un détail statistique: elle sépare une donnée observée d’une extrapolation.
En comparaison, les taux de mémorisation standard pour une publicité display web oscillent entre 20 et 35 % selon les formats. L’écart peut sembler massif. Il s’explique notamment par la nature de l’exposition: une bannière disparaît de l’écran, tandis qu’un objet utile reste potentiellement accessible pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines. Mais les deux supports ne poursuivent pas exactement le même objectif et ne sont pas toujours évalués dans les mêmes conditions.
Mémorisation ne vaut pas conversion. Répéter cette distinction est fastidieux, nécessaire. Un consommateur qui se souvient de votre marque grâce au stylo posé sur son bureau n’est pas encore un consommateur qui va remplir un formulaire de demande de devis. C’est un consommateur qui sait qui vous êtes. La distance entre les deux étapes dépend de votre offre, de votre marché et de votre processus de vente. Le stylo ne fait que planter la graine — il ne récolte pas.
L’étude publiée dans l’International Journal of Advertising en 2021 apporte un éclairage expérimental intéressant. Protocole: des étudiants en gestion (n = 128) utilisent incidentellement un stylo promotionnel associé à une marque inconnue. Résultat: la disposition à payer déclarée passe de 9,60 € pour un stylo sans marque à 12,75 € pour un stylo marqué, soit un écart d’environ 33 %. L’effet positif est observé uniquement pour les marques inconnues. Pour les marques déjà familières, le stylo promotionnel ne modifie pas significativement la perception.
Les conclusions doivent rester à leur place:
- l’effet fonctionne comme vecteur de découverte, pas nécessairement comme mécanisme de renforcement;
- l’échantillon est restreint et composé d’étudiants — pas de dirigeants de PME, pas de responsables achats industriels;
- le protocole mesure une intention déclarée, pas un comportement d’achat observé;
- transposer ce gain de 33 % à une campagne réelle sans dispositif de suivi spécifique constitue une extrapolation non fondée.
En atelier, on teste les machines selon des protocoles normalisés avant de valider un réglage. La même rigueur devrait s’appliquer à l’évaluation des campagnes de goodies. Les intentions déclarées en laboratoire ne remplacent pas un comptage de leads sur le terrain.
L’ancrage vient de la répétition, pas de la distribution seule
Un objet promotionnel ne devient pas mémorable au moment précis où il est remis. Il le devient parce qu’il revient dans le champ visuel et tactile de son utilisateur. Le logo est revu lorsqu’il faut prendre une note, signer un document ou griffonner un numéro de téléphone. Cette répétition est rarement spectaculaire. Elle est justement efficace parce qu’elle s’intègre à une routine.
Cela suppose que le marquage survive à cette routine. Une impression trop petite, placée sous le clip ou recouverte par les doigts perd une grande partie de son intérêt. Le nom de l’entreprise peut être présent sur l’objet et pourtant pratiquement invisible au moment où celui-ci est utilisé.
Pour une campagne B2B, la mémorisation doit aussi être reliée au contexte de remise. Un stylo donné à un prospect qui vient de discuter avec un commercial bénéficie d’un ancrage verbal: le nom de l’entreprise, l’offre et le visage de l’interlocuteur sont associés. Le même stylo déposé en libre-service à l’entrée d’un événement bénéficie d’une exposition plus large, mais d’un contexte beaucoup moins qualifié.
Le mythe du taux de conversion universel: comment mesurer l’impact réel
Rechercher le « taux de conversion moyen d’un stylo publicitaire » est une quête vaine. Ce chiffre n’existe pas dans les données publiques disponibles. Aucune étude consultée — 2FPCO, ASI, PPAI ou publications académiques — ne fournit un taux de transformation directement attribuable à un stylo publicitaire, que ce soit en termes de demandes de devis, de prises de rendez-vous ou de commandes signées.
La raison est simple: la conversion dépend de variables qui n’ont rien à voir avec le stylo lui-même:
1. Le circuit de distribution — Remise en main propre lors d’un salon, envoi postal, insertion dans un colis de livraison: chaque circuit a un taux d’activation différent.
2. Le ciblage — Un stylo distribué à un visiteur qualifié sur un stand B2B n’a pas la même valeur de conversion qu’un stylo glissé dans une pochette d’accueil en mairie.
3. Le dispositif de traçage — QR code, URL dédiée, code promotionnel ou formulaire spécifique: sans dispositif, pas de mesure. Et sans mesure, toute affirmation sur le taux de conversion est une croyance.
4. Le produit lui-même — Qualité du plastique, régularité de la cartouche, ergonomie de préhension et visibilité du marquage. Un stylo qui coule après trois utilisations ne génère aucune impression supplémentaire.
5. Le délai de décision — Dans certains secteurs, le cadeau peut contribuer à une prise de contact plusieurs semaines après la distribution. Dans d’autres, l’achat se décide immédiatement ou jamais. Une fenêtre de suivi trop courte sous-estime l’effet; une fenêtre trop longue mélange la campagne avec d’autres actions commerciales.
L’enquête PPAI de 2016 auprès de 400 professionnels — agences et annonceurs — révèle que 65 % des acheteurs considèrent les objets promotionnels comme toujours ou généralement efficaces. Mais quand on creuse les méthodes de mesure déclarées, environ la moitié des répondants évaluent l’efficacité par la simple comparaison du volume de demandes et de prospects avant et après l’opération. Pas de groupe témoin, pas d’isolation de la variable « stylo », pas de suivi dédié. On mesure une corrélation temporelle, pas une causalité.
Mesurer l’efficacité d’un stylo publicitaire sans dispositif de traçage dédié, c’est comme mesurer la cadence d’une machine sans capteur. On voit le résultat final, on ne sait pas d’où il vient.
Pour les campagnes où le stylo est le seul levier actif — opération de prospection ciblée, relance de portefeuille ou envoi postal dédié — la méthode est limpide:
| Paramètre à mesurer | Méthode |
|---|---|
| Taux d’ouverture ou d’activation | QR code ou URL dédiée imprimée sur le stylo ou son emballage |
| Taux de conversion commerciale | Leads qualifiés ÷ nombre de stylos distribués |
| Taux de rétention | Utilisateurs ayant interagi avec le lien 30, 60 ou 90 jours après réception |
| Coût par acquisition | Budget total de la campagne ÷ nombre de conversions validées |
Dans ce tableau, le QR code n’est pas une solution magique. Il ne mesure que les personnes qui le scannent, et non celles qui mémorisent la marque, recommandent l’entreprise ou reviennent plus tard par une recherche directe. Il donne cependant un signal exploitable, surtout lorsque la page d’arrivée, le message et l’offre sont conçus pour prolonger le contact.
En dehors de ce cadre contrôlé, le stylo publicitaire est un levier de notoriété assistée et de présence prolongée dans l’environnement du prospect. L’un et l’autre ont de la valeur. Mais les appeler « conversion », c’est déformer le vocabulaire.
Construire un suivi qui ne triche pas avec les chiffres
Le suivi doit être proportionné à l’objectif. Une entreprise qui distribue des stylos à ses salariés lors d’une convention n’a pas besoin de prétendre mesurer un chiffre d’affaires directement attribuable à chaque objet. Elle peut plutôt suivre la mémorisation de la marque, la satisfaction ou l’usage déclaré.
Une campagne de prospection, en revanche, doit prévoir dès le départ ce qui permettra de distinguer les contacts issus de l’opération des contacts habituels. Quelques règles suffisent:
- attribuer un identifiant ou un code différent à chaque canal de distribution;
- utiliser une page d’arrivée propre à la campagne;
- demander au prospect comment il a connu l’entreprise, sans faire de cette réponse une preuve absolue;
- comparer les résultats à une population ou à une période de référence;
- définir à l’avance ce qu’est un lead qualifié, afin de ne pas compter toutes les interactions comme des conversions.
Le taux de conversion calculé ainsi reste celui de la campagne équipée d’un système de mesure. Ce n’est pas le « taux de conversion des stylos publicitaires » en général. La précision du vocabulaire protège la qualité de l’analyse.
Rentabilité et coût par impression: une analyse sur le long terme
L’ASI publie régulièrement un chiffre qui fait mouche en réunion client: le coût par impression d’un stylo métallique à 1 dollar serait inférieur à un dixième de cent américain. En 2023, l’institut estimait qu’un instrument d’écriture publicitaire génère 2 436 impressions au cours de sa durée de vie, et que 52 % des consommateurs le conservent et l’utilisent pendant au moins un an.
Ce repère est utile pour comprendre la logique économique du support, mais il appartient au marché américain et à ses propres hypothèses. Il ne faut pas le présenter comme une mesure française.
Chiffrons la mécanique.
Hypothèse ASI, marché américain:
- Prix unitaire: 1,00 USD;
- Impressions estimées: 2 436;
- Coût par impression: environ 0,0004 USD, soit moins de 0,1 cent.
Transposition prudente au marché français:
- Prix unitaire indicatif d’un stylo publicitaire personnalisé en plastique, avec encre standard et marquage en volume: entre 0,35 € et 0,85 € HT;
- durée de conservation: le baromètre indique que 48,2 % des objets concernés sont conservés moins de six mois;
- durée de scénario: six mois peuvent servir d’hypothèse prudente pour un calcul prévisionnel, mais cette durée n’est ni une médiane mesurée ni une caractéristique de chaque stylo;
- impressions réelles: elles dépendent de la durée d’utilisation, du nombre de personnes qui voient l’objet et de la visibilité du marquage.
Calculer un coût par impression fiable pour une campagne française exige donc de remplacer les hypothèses ASI par des données locales ou, à défaut, par plusieurs scénarios:
1. La durée d’utilisation — Utiliser six mois comme scénario prudent, et non comme une durée de rétention établie par l’enquête. Une campagne peut présenter un scénario court, un scénario central et un scénario long sans transformer ces hypothèses en faits observés.
2. La fréquence d’utilisation quotidienne — 56,1 % en France selon le baromètre cité, et non 64 % selon l’ASI 2026, qui concerne le marché américain.
3. Le nombre d’impressions par jour — Un commercial terrain qui pose son stylo sur plusieurs tables de réunion génère plus d’occasions de visibilité qu’un salarié qui l’utilise seul dans son bureau. L’ASI modélise en moyenne 5,4 impressions par jour, mais cette hypothèse ne doit pas être appliquée mécaniquement à tous les usages.
4. Le prix unitaire réel — Il faut intégrer le marquage, les frais de préparation, le conditionnement, la livraison et les éventuels coûts de mise en route, répartis sur le volume.
5. Le taux de non-usage — Les 6,5 % de stylos jamais utilisés doivent rester visibles dans le calcul. Ils réduisent le nombre d’objets qui produisent effectivement des impressions.
Sur une base de 500 unités, une comparaison de scénarios peut se présenter ainsi:
| Paramètre | Hypothèse ASI | Scénario français prudent |
|---|---|---|
| Prix unitaire | 1,00 USD | 0,60 € HT |
| Durée de rétention | 12 mois | 6 mois, hypothèse de calcul |
| Usage quotidien | 64 % | 56 % |
| Impressions par jour | 5,4 | 5,4, par hypothèse |
| Impressions totales estimées | 2 436 par objet | Environ 1 218 par objet |
| Coût par impression | Moins de 0,1 cent USD | Environ 0,05 cent € dans ce scénario |
Le coût par impression reste faible dans les deux cas. Mais ce tableau ne présente pas une vérité universelle: il montre ce que produit un ensemble d’hypothèses. Modifier la durée de conservation, le taux d’usage ou le nombre d’impressions quotidiennes modifie immédiatement le résultat.
Le chiffre de 1 218 impressions ne doit donc pas être lu comme la performance moyenne d’un stylo distribué en France. Il correspond à une simulation fondée sur six mois, sur une fréquence d’usage donnée et sur une logique de calcul importée d’une étude américaine. La réalité d’une campagne peut être inférieure ou supérieure.
Le coût réel ne se limite pas au prix du stylo
Une commande à 0,40 € l’unité n’est pas forcément plus rentable qu’une commande à 0,80 €. Si le premier modèle est peu utilisé, si le marquage devient illisible ou si l’encre sèche rapidement, l’économie initiale disparaît dans le calcul par impression.
Le coût total doit inclure:
- la fabrication de l’objet;
- la personnalisation;
- la préparation de fichiers et le marquage;
- le conditionnement et l’expédition;
- la distribution par les équipes ou sur événement;
- les supports qui accompagnent le stylo;
- le dispositif de suivi lorsqu’il existe;
- le volume d’objets jamais utilisés.
Cette dernière ligne est souvent ignorée parce qu’elle n’apparaît pas sur le devis. Pourtant, un stylo resté dans un carton a bien été payé. Dans une analyse de rentabilité, il appartient au dénominateur du budget, mais pas au numérateur des impressions.
L’influence psychologique sur la perception de la valeur
Au-delà des impressions brutes, le stylo publicitaire agit sur un levier moins visible: la perception de la valeur de l’annonceur.
Les 30 % de consommateurs déclarant être davantage susceptibles de faire affaire avec l’annonceur, selon l’ASI 2023, ne constituent pas un taux de conversion. C’est une probabilité autodéclarée, mesurée à un instant donné, sans suivi comportemental. La distinction est de rigueur. En production, on ne valide pas un réglage de machine sur la déclaration de l’opérateur: on vérifie la pièce sortie. Même discipline ici.
L’expérience académique de 2021 — celle du gain de 33 % sur la disposition à payer — confirme néanmoins un mécanisme plausible: l’acte physique d’utiliser un objet marqué par une entreprise inconnue crée un biais de familiarité. Le cerveau traite la marque vue et touchée comme une information déjà rencontrée. C’est le principe de simple exposition, documenté en psychologie cognitive depuis les travaux de Zajonc en 1968.
Le stylo n’a pas besoin de convaincre à lui seul. Il a besoin d’être là, utilisé régulièrement, dans un contexte où la marque peut être reliée à une offre réelle. S’il est remis après un échange commercial pertinent, l’objet prolonge le contact. S’il est distribué sans message ni ciblage, il reste principalement un support de présence.
Plusieurs conditions activent ou affaiblissent ce mécanisme:
- Le marquage doit rester lisible à l’usage quotidien. Un logo microscopique noyé sous le clip n’a pas la même valeur qu’un nom clairement visible lorsque la main tient le stylo.
- La qualité perçue transfère une image. Un modèle qui fuit sur les doigts ou dont le corps se fissure rapidement renvoie une impression de négligence. Un stylo métallique au toucher net et à l’encre fluide peut, au contraire, soutenir une image de rigueur.
- L’objet doit être utilisé, pas seulement exposé. Un stylo dans un écrin sur une étagère ne génère ni exposition répétée ni familiarité comparable à celle d’un instrument de travail quotidien.
- La cohérence avec l’offre compte. Un objet très qualitatif remis par une entreprise dont le parcours commercial est confus peut créer une dissonance. Le stylo ouvre une porte; il ne corrige pas une expérience client défaillante.
- La personnalisation doit servir la reconnaissance. Ajouter plusieurs messages, pictogrammes et coordonnées sur une surface réduite peut rendre le marquage illisible. Une identité visuelle plus simple est souvent plus mémorisable.
Les 88 % de consommateurs conservant un stylo publicitaire en raison de son utilité, selon l’ASI 2026, confirment l’axe fondamental: l’objet publicitaire performant est celui qui remplit sa fonction première. Pas celui qui a le design le plus voyant. Pas celui qui intègre une clé USB ou un improbable assemblage stylo-bille, lampe, ouvre-bouteille et gadget multifonction. Celui qui écrit bien, tient dans la main et ne lâche pas au bout de deux pages.
L’objet utile comme signal de sérieux
La valeur psychologique ne vient pas seulement du fait de recevoir quelque chose gratuitement. Elle vient aussi de la manière dont l’objet est perçu. Un stylo agréable à utiliser peut devenir un indice de sérieux: l’entreprise a choisi un support fonctionnel, a soigné son marquage et semble attentive aux détails.
Il ne faut pas surinterpréter ce transfert. Un bon stylo ne transforme pas une marque inconnue en référence de son secteur. Il augmente plutôt le nombre de contacts familiers avec cette marque et peut rendre le prochain message moins étranger. Dans une stratégie commerciale longue, cette réduction de la distance initiale a une utilité.
À l’inverse, un objet mal fini peut produire un effet parfaitement mesurable dans le mauvais sens. La marque reste mémorisée, mais associée à un défaut: encre irrégulière, clip fragile, marquage qui s’efface. La mémorisation n’est jamais automatiquement positive. Se souvenir de l’annonceur n’indique pas ce que l’on pense de lui.
Ce que les chiffres autorisent à conclure
Les données disponibles permettent d’établir une hiérarchie raisonnable entre les indicateurs.
Ce que les données confirment:
- les objets médias peuvent obtenir un niveau élevé de mémorisation déclarée, avec 71,3 % de mémorisation parfaite dans le périmètre général du baromètre 2FPCO;
- ce taux de 71,3 % ne peut pas être présenté comme un taux propre aux stylos publicitaires;
- le coût par impression d’un stylo peut être structurellement bas, même après correction avec des hypothèses plus prudentes;
- 56,1 % des stylos cités dans les données françaises sont utilisés quotidiennement;
- 6,5 % ne sont jamais utilisés;
- l’utilité perçue est un moteur important de conservation, comme l’illustre le chiffre publié par l’ASI sur le marché américain.
Ce que les données ne confirment pas:
- l’existence d’un taux de conversion universel et directement attribuable au stylo;
- la transposition automatique des résultats de l’ASI, issus du marché américain, au marché français;
- une durée médiane de conservation de six mois;
- la possibilité de déduire une durée de rétention moyenne à partir du seul fait que 48,2 % des objets sont conservés moins de six mois;
- un lien de causalité mesurable entre la distribution d’un stylo et une hausse des ventes sans dispositif de traçage dédié;
- la validité de l’expérience académique de 2021 comme modèle prédictif pour des campagnes B2B en conditions réelles.
Pour calibrer une campagne, il faut donc:
- définir l’objectif avant la distribution — mémorisation, trafic, prise de rendez-vous ou conversion;
- choisir l’indicateur correspondant à cet objectif;
- retenir six mois uniquement comme hypothèse de scénario si l’on doit estimer la durée d’exposition, et non comme une médiane mesurée;
- intégrer le taux de non-usage dans le calcul économique;
- distinguer les résultats observés des hypothèses importées d’un autre marché;
- ne jamais présenter un chiffre de mémorisation ou de préférence déclarée comme un taux de conversion.
Le stylo publicitaire reste l’un des objets promotionnels au meilleur ratio entre coût et empreinte potentielle. Sa force ne réside pas dans un mystérieux taux de conversion des stylos publicitaires que personne ne saurait calculer. Elle tient à une combinaison plus modeste et plus solide: une fonction utile, une présence répétée, une marque lisible et un coût d’exposition faible.
Ce ratio ne vaut toutefois que si on le calcule avec les bons paramètres. Six mois peuvent servir de scénario prudent, pas de vérité statistique. 71,3 % peuvent décrire la mémorisation des objets médias en général, pas celle des seuls stylos. Et une campagne bien pensée doit accepter de mesurer ce qui est mesurable, sans habiller la notoriété en conversion.
